23 Juil Se dire Oui à soi-même dans une culture de l’autocensure
Par Amina Diouf
Note de l'éditrice
Dans un monde où l'on attend si souvent des femmes qu'elles se donnent sans compter pour les autres, l'idée de se consacrer à fond sur soi peut paraître radicale, voire erronée. Mais nous pensons que c'est non seulement nécessaire, mais urgent. Partout sur le continent, nous assistons à un soulèvement silencieux : des femmes se choisissent elles, non par égoïsme, mais par sagesse.
Cette pièce est une invitation.
À prendre du recul.
À remettre en question nos attentes héritées.
À considérer que vos besoins, vos rêves et vos désirs ne sont pas en concurrence avec votre culture ; ils peuvent même être le moyen le plus efficace de la servir.
Chez Edit, nous écrivons pour la femme qui apprend à se dire oui, que ce soit pour la première fois ou pour la cinquantième. Puisse cet article vous accompagner là où vous êtes et vous rappeler gentiment que : VOUS AVEZ LE DROIT DE VOUS ÉPANOUIR.
Mariam se tenait dans sa cuisine, l'odeur d'un ragoût mijoté remplissant l'air, son téléphone vibrait à côté d'elle,lui rappelant la séance de coaching en ligne qu'elle avait réservée deux semaines plus tôt… Son premier pas audacieux vers l'écriture du livre qui lui murmurait à l'oreille depuis des années. Mais en regardant la marmite, puis le message non lu de sa cousine demandant de l'aide pour les enfants, elle hésita.
Se dire oui à elle-même lui paraissait contre nature. Elle culpabilisait énormément.
Sur tout le continent africain, de nombreuses femmes grandissent en voyant leurs mères, tantes et grands-mères faire passer leurs besoins en dernier. Qu'il s'agisse d'éducation, de santé, de repos ou d'ambition, le rêve ou la crise que traverse autrui semble toujours passer avant tout. La culture du soin est profondément ancrée dans l'amour, la responsabilité et les attentes culturelles. Mais quelque part dans cette tradition bienveillante, beaucoup d'entre nous apprennent que le sacrifice est la seule preuve de féminité. Que pour être une « bonne femme », il faut s’oublier au dépend des besoins des autres.
Et si finalement nous avions mal compris ce que signifie réellement être forte ?
Et si dire "oui" à votre propre croissance n’était pas une trahison envers vos devoirs, mais un acte puissant soutenant votre vision et service envers les autres ?
Le fardeau d'être « bon »
Dans de nombreuses cultures africaines, la féminité est souvent liée à la générosité. Une femme est célébrée pour sa capacité à supporter, son silence face aux difficultés, sa capacité à maintenir la cohésion familiale en coulisses. Son amour se prouve par le sacrifice, et sa valeur se mesure à la façon dont elle sert les autres.
Mais que se passe-t-il lorsqu'elle veut quelque chose pour elle-même ?
Un diplôme. Une entreprise. Un projet créatif. Un voyage en solo. Un divorce. Du repos.
Bien souvent, elle est jugée. Ou pire, elle est réduite au silence.
"Elle a changé."
"Elle oublie sa culture."
"Elle se croit meilleure."
"Elle est égoïste"
On entend ces murmures dans les églises, les mosquées, les marchés, les groupes WhatsApp et les réunions de famille. La règle tacite est claire : une femme ne doit pas avoir de grandes aspirations.
Alors on attend. On remet à plus tard le livre, le cours, le projet, la guérison. On se dit qu'on le fera quand les enfants auront grandi quand la maison sera construite, quand notre mari ira mieux.
Mais cette remise à plus tard souvent se transforme en “jamais”.
Et si en fait être forte était quelque chose de différent ?
Le plus grand mensonge que l'on raconte à beaucoup de femmes est que la capacité à supporter est synonyme de force. Que souffrir sans se plaindre est noble.
Et si la vraie force était tout autre chose ?
Et si la vraie force résidait plutôt dans le choix de votre épanouissement personnel ?
Une femme qui se dit "oui" à elle-même n'est pas faible. Elle est éveillée. Elle choisit de vivre pleinement, et non par période.
Elle choisit de croire que sa vie compte, non seulement en tant qu’un soutien pour les autres, mais aussi en expérimentant ce qu’est une vie ou elle rayonne.
Le développement personnel est un acte militant envers soi même
Un changement discret s'opère sur tout le continent. Les femmes s'inscrivent à des formations, participent à des programmes de coaching, lancent des projets qui les passionnent, créent des entreprises, quittent des relations qui ne leur conviennent plus. Elles s’autorisent le droit de s'épanouir et, ce faisant, refaçonnent leurs communautés.
Parce que quand une femme est épanouit, c’est bénéfique pour tout le monde.
Une femme qui suit une thérapie élève des enfants émotionnellement plus stables.
Une femme qui investit dans ses compétences améliore l'avenir de sa famille.
Une femme qui fixe des limites apprend aux autres comment la traiter.
Une femme qui trouve la joie fait de la place pour les autres et devient comme une bouffée d’oxygène.
Le développement personnel n'est pas égoïste. Il est stratégique. Il crée un effet boule de neige.
Vous ne devenez pas moins femme lorsque vous vous choisissez, vous devenez davantage celle que vous êtes censée être.
Fixer ses limites ce n’est pas de la froideur, c’est faire preuve de courage
Se dire oui à soi-même ne concernent pas seulement les grandes décisions. C'est aussi tous ces moments ou l’on fait preuve de courage au quotidien.
C'est dire non à une invitation parce que votre corps a besoin de repos.
C'est se réserver du temps pour apprendre plutôt que de se surmener.
C'est choisir de consacrer son argent à son rêve plutôt que de sauver quelqu'un une fois de plus.
C'est déclarer, "Je mérite d’investir en moi."
Ces moments ne vous rendent pas froide ou distante. Ils vous rendent consciente.
Et une femme consciente est puissante. Elle ne vit pas dans la culpabilité. Elle vit dans la lucidité.
Qu’allons-nous enseigner à la prochaine génération ?
Que voulons-nous que nos filles, nièces et jeunes sœurs apprennent de nous ?
Que la féminité est synonyme d'épuisement professionnel ? Que l'amour est synonyme d'abnégation ?
Ou qu'il est possible de s'engager envers sa famille et envers soi-même ?
Qu'on peut prendre soin des autres sans négliger sa propre âme ?
Les enfants ( filles et garçons) nous voient.. Et l'avenir se façonne par nos modèles, pas seulement par nos paroles.
Lorsque nous montrons que les limites sont saines, que la joie est sacrée, que le respect de soi n’est pas négociable, nous élevons une génération qui honorera également ces valeurs.
Réécrire l'amour
Beaucoup d'entre nous ont été élevés dans l'idée que l'amour ressemble à une perte.
Perte d'identité. Perte de rêves. Perte de repos.
Mais ce n'est pas de l'amour. C'est un lent effacement de soi.
Le véritable amour vous inclut dans l'équation.
Il est expansif, non épuisant.
Il fait de la place à vos besoins, à votre guérison, à votre joie.
Et se dire oui à soi-même ne signifie pas abandonner les autres. Cela signifie simplement prendre aussi en compte ses propres besoins.
Dire oui à ce nouveau rêve.
Dire oui pour prendre du recul.
Dire oui pour avancer.
Dire oui pour devenir quelqu'un de plus vivant que jamais.
Le monde n'a pas besoin de plus de femmes épuisées.
Il a besoin de plus de femmes en bonne santé, épanouies et conscientes.
Dites-vous oui. Pas demain, Pas prochainement. Dites vous oui maintenant.
Amina Diouf
rédactrice en chef d'Edit – Le Journal du The Third,
Amina publie une collection de récits personnels qui révèlent la force, la douceur et la complexité, souvent cachées, de la vie des femmes. À travers son travail chez Edit, elle nous invite à approfondir notre compréhension de nous-mêmes et de l'autre.
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